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- ARTISTE PEINTRE -

 

Pierre Kremer...

 

Né à  Liège (Belgique) le 10 février 1950. Pierre Kremer a fait ses études secondaires en humanités classiques – section Latin-Grec. Issu d’une famille de décorateurs, il se passionne  très tôt pour les arts visuels. Il décide donc de suivre les cours de l’Académie Royale des Beaux Arts de Liège,  où il obtient son diplôme de fin d’études.
Il travaille d’abord des volumes géométriques mis en perspective, mais se lasse vite de cette sécheresse de formes. Il découvre alors Wagner, Nietzche, André Breton. Expérimentant une sorte de post-romantisme surréalisant, il tombe vite dans la grandiloquence et la redite. Dès lors, en panne de motivation, il accepte une première traversée du désert, se consacrant au métier d’antiquaire.

 

A 40 ans, il émigre au Luxembourg et, là, entame une seconde traversée du désert, cette fois vouée  au journalisme culturel (il collabore au Luxemburger Wort comme critique d’art et à divers magazines).
Le choc régénérateur lui est apporté par la rencontre de la phénoménologie développée par Heidegger et Merleau-Ponty. Par contraste, il comprend les limites d’un surréalisme marqué par un freudisme stérilisant. Il imagine alors de le revisiter à la lumière de la phénoménologie, en suivant l’exemple de Ludwig Binswanger – lequel avait repensé la psychiatrie en ce sens. Deux autres sources vont l’y aider. L’une est un roman de Sartre, La Nausée, l’autre le concept nietzschéen de renversement des valeurs. Cela signifie que les débordements anarchiques et informes de la réalité ne sont plus considérés, comme chez Sartre, en temps que facteurs de néantisation, mais au contraire en temps que matière première à travailler en vue d’un accès à la surréalité.

 

Concrètement, Pierre Kremer fait appel au hasard, aux accidents picturaux qu’il organise ensuite de manière purement irrationnelle. Considérant qu’il est vain de répéter ce qui se trouve déjà là, il cultive sur le papier ou sur la toile, comme dans un jardin, des entités saugrenues et insituables, un arrière-monde venant gonfler le patrimoine  du sensible.

 

Voir le diplôme

 


L'atelier


 

Liste des Expositions

 

  • Schëff’Art, Schifflange

    Date : 01/09/2018 > 30/09/2030

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  • Galerie Municipale, Schifflange

    Date : 01/09/2018 > 30/09/2030

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  • Galerie Steinhäuser, Leudelange

    Date : 01/09/2018 > 30/09/2030

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  • Konschtfestival, Lellingen

    Date : 01/09/2018 > 30/09/2030

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  • Galerie du Théâtre Municipal, Esch/Alzette

    Date : 01/09/2018 > 30/09/2030

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  • Galerie du Lobby au Mondorf Parc Hotel, Mondorf Domaine Thermal

    Date : 01/09/2018 > 30/09/2030

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  • Centre Culturel Régional « Aalt Stadhaus », Differdange

    Date : 01/09/2018 > 30/09/2030

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  • Konscht am Gronn (Galerie à ciel ouvert), Luxembourg-Grund

    Date : 01/09/2018 > 30/09/2030

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  • Brasserie de la Kulturfabrik, Esch/Alzette

    Date : 01/09/2018 > 31/10/2030

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Le pélerin de l'ardeur

 

 

Fiche Technique

 

Mon travail repose essentiellement sur une combinatoire de techniques diverses.
La base originelle en est le lavis d’encre de chine pour les œuvres en noir et blanc. Dans un décor de fond improvisé sur  papier fort  (Steinbach,  Bristol) viennent s’inscrire des éléments de pictocollage travaillés  de la même  manière sur des papiers minces. Ceux-ci sont au préalable abrasés  au verso, découpés, grisés ou noircis sur leur tranche  et puis encollés.  Le tout est consolidé sous presse.
Les œuvres en couleurs obéissent au même processus. Les matériaux sont alors les encres de couleur, l’aquarelle et la gouache.
Dans les deux cas, des éléments de collage d’origine extérieure  (imprimés récupérés) peuvent intervenir pour souligner le caractère de concrétude de l’imagerie.

Les œuvres sur toile sont jusqu’à présent constituées à l’origine de travaux  préparatoires sur papier, agrandis et projetés. Par la suite elles sont retravaillées à l’huile selon la technique traditionnelle.
Pierre Kremer

 

Acide phosphénique

 

Source d’inspiration

Je développe une forme de post-surréalisme inspiré des théories phénoménologiques, notamment celles de Martin Heidegger.
La base de mon travail est l’exploitation du hasard, réorienté vers une imagerie d’arrière-monde. En ce sens, je me réclame d’une lointaine filiation avec Max Ernst. Au niveau technique, j’utilise l’encre de chine pour le noir et blanc, les gouaches et encres de couleur -ou encore l’huile- pour la couleur.
Interviennent aussi le pictocollage et le collage. Les supports sont alternativement le papier et la toile. Je pratique en général  les petits et moyens formats.
Pierre Kremer

Paysage Orageux

 

Présentation sommaire de l’œuvre

Lorsque nous percevons un objet connu – par exemple une table ou un stylo, nous ne retenons généralement de lui que sa forme schématique. Celle-ci suffit d’ailleurs à identifier sa fonction.
Dès que nous rencontrons un objet inconnu, tout change.
Nous ne savons ni d’où  il vient ni à quoi il sert. Force nous est donc de concentrer notre attention sur ses aspects immédiats, de dénombrer chaque détail de son apparence.
De ce fait, la présence de la chose se densifie. Elle en vient à nous fasciner étrangement. C’est que nous sommes en présence d’une existence en soi, échappant à toute définition posée à priori. Or, dans la culture à laquelle nous sommes habitués depuis l’enfance, une grande part de l’imagerie fictionnelle  ou dite fantastique repose sur le répertoire  iconologique du connu, du répertorié : lion à tête d’aigle, cheval ailé, femme à queue de poisson, etc.
A l’inverse, il est possible de penser une image relevant du figuratif mettant en œuvre des éléments visuels non identifiables au départ. Le sens de l’ensemble compositionnel n’a alors plus rien d’anecdotique. Il révèle une tonalité  spécifique d’un rapport au monde où concrétude et imaginaire se libèrent de la référence encyclopédique, de la signification codifiable. Reste un bourgeonnement de présences, d’allures, de tonalités, d’expressions débouchant sur l’illimité de l’existant et du possible.
Cette perspective est celle même que l’on a naguère qualifiée  de surréelle.
Pierre Kremer
 

 

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Oeuvres en couleur sur papier

 

Oeuvres en couleur sur papier

Nom : Inquiétude

Nom : Hommage à Stephen King

Nom : Essor

Nom : Hantise

Nom : Larve

Nom : Esquisse

Ici, c'est ailleurs

 

Néo-surréalisme et phénoménologie

 

« L’œil existe à l’état sauvage », écrivait André Breton.
 
Le moins qu’on puisse dire, c’est qu’il fait cruellement défaut à l’Occident Moderne, irrémédiablement imbu de Lumières qui comptent peut-être parmi les pires obscurités.
 
C’est que l’œil civilisé ne regarde que ce qui s’offre à lui à travers le filtre réducteur de l’intentionnalité à priori.
 
Il n’est pire aveugle que celui qui ne veut pas voir.
 
Le sujet qui, en présence d’un objet quelconque, résiste à y voir autre chose que la somme des caractères  et propriétés consignées dans l’Encyclopédie ne voit à peu près rien.  D’où sa perpétuelle déception, sa résignation progressive à la banalisation du monde, incontestable humus de la conscience malheureuse.  
 
Alertés par cette dégradation de la sensibilité, les surréalistes de l’époque que nous appellerons orthodoxe ont cru déceler dans la psychanalyse freudienne une brèche dans l’enceinte carcérale du rationalisme. C’est précisément en cela qu’ils ont fait fausse route. Mal informés, ils n’ont pas compris que Sigmund Freud ne faisait qu’ajouter un filtre réducteur aux autres.  A l’évidente fausseté de l’interprétation des images (une colonne n’est pas un symbole phallique, pas plus qu’une grotte un symbole vaginal), cette théorie ajoutait l’invraisemblance  d’un conscient unidimensionnel fait de pulsions infra-humaines  et le conservatisme de la norme majoritaire.
 
Il n’y a rien là de nature  à satisfaire une vocation anticonformiste visant à la libération et  à l’élargissement de la conscience.
 
La problématique réelle qui est en cause ici repose toute  entière sur la nostalgie de  l’état natif de la perception. Tenter d’approcher cet état revient à appliquer ce qu’Edmund Husserl  appelait la mise entre  parenthèses  des normes préétablies de cette idéologie chrétienne et rationaliste peu ou prou intériorisée.
 
Déconnecter les impératifs réducteurs intériorisés constituera  donc la première tâche. Celui, qui un jour l’accomplit par pure inadvertance n’est autre qu’Antoine Roquentin,
l’» anti-héros » de  » La nausée » de Sartre. Les choses ont pour lui perdu  leurs noms –et du même coup leurs définitions, leurs fonctions, leurs valeurs. Elles se mettent à lui apparaître dans leur truculente authenticité, s’étalant avec une sorte d’impudeur. Par elles le « scandale arrive »… L’existence semble dès lors bourgeonner anarchiquement, en dépit de toute conformité encyclopédique.
 
Cependant, sous la plume de Sartre, Antoine Roquentin ressent cette crue d’existant comme néantisation. Tout se passe, dans sa conscience, comme si la carte d’identité encyclopédique de l’objet constituait sa seule habilitation  à être.
L’auteur, dans « L’être et le néant », affirme en effet  que les choses en soi  nous son inconnaissables et n’existent pour nous qu’à travers le pour-soi. Simone de Beauvoir y revient d’ailleurs, avec une insistance suspecte, dans « Pour une morale de l’ambiguïté » en dénonçant comme impossible la synthèse de l’en-soi et que du pour-soi.
 
Notre droit le plus strict est de ne pas partager ce pessimisme ontologique, lequel rappelle curieusement celui de Schopenhauer à propos du vouloir vivre. Dans ces conditions, libre à nous de procéder à un renversement des valeurs analogue à celui opéré par Nietzsche sur le concept schopenhauerien.
 
Imaginons un Antoine Roquentin heureux de son initiation à cet environnement trouble et patibulaire, à cette illégalité sans vergogne des aspects. Supposons le emboitant le pas à Georges Bataille, se mettant  « à courir absurdement avec lui – les yeux tout à coup devenus troubles et chargés d’inavouables larmes - vers quelques provinciales maisons hantées, plus vilaines que des mouches, plus vicieuses, plus rances que des salons de coiffure », chargeant sa mémoire d’une imagerie toute huismanesque : « Ici, de sédentaires maelstroms se creusaient dans d’immobiles spirales qui descendaient en d’incomblables gouffres en léthargie ; là des grappes indéterminées d’écume, de convulsifs Niagaras,  d’exterminatrices colonnes d’eau surplombaient des abîmes, aux mugissements endormis, aux bords paralysés, aux vortex perclus et sourds «.
Ce baroquisme frénétique se fait notamment jour lorsqu’on envisage le délabrement, la vétusté, le ruiniforme autrement que comme symptômes d’anéantissement ; par exemple comme fermentation, maturation, métamorphose. Le pire taudis, le plus consternant des terrains vagues peut ainsi apparaître à la manière d’un gratin sortant du four et digne des plus enthousiastes salvations.  L’objet en tant que phénomène est bien plus qu’un fait explicable, que le résidu d’une chaîne causale. Il est tout ce qu’il est capable de faire surgir aux yeux  du sujet. C’est dans ce brasillement incontrôlable qu’il est » en train d’être ». Or, Heidegger nous assurait, précisément,  que l’être de l’étant est dans son étantité. La gît la forme la plus fertile de l’authenticité.
 
Vivre et penser en termes d’authenticité équivaut exactement à l’accès au surréel. Un Simenon aurait expliqué cela avec des mots tels que franchissement ou rupture. Cousin éloigné d’Antoine Roquentin, M. Monde quitte, sur un coup de tête, les terrains stériles du préétabli, de l’apriorique. Il « s’égare » et son « égarement » a tout d’une heuristique. Nous retrouvons sous ces latitudes la désertion forcenée de Breton, se livrant aux « vents de l’éventuel ».
 
Vents de l’éventuel, vents de l’aléatoire, -autrement dit la force obscure qui introduit le doute quant à la causalité et donne la parole à la chance dans ce qu’elle a de plus injustifiable… Ce sont eux qui donnent lieu aux plus indiscutables cristallisations !
 
Celles-ci, gommant d’un coup les catégories fichtéennes du moi et du non-moi, opérant durablement la conjonction du pour-soi et de l’en-soi, témoignent du dasein comme surréalité.

 

 

Ici, c'est ailleurs

Nom : Friche improbable

Nom : Volcan

Nom : Le germe

Nom : Le prince de l'eau lourde

Nom : Objets inidentifiables

Nom : Esquisse

Nom : Bloc de granit

Parole de référence

 

 « Les théâtres doivent tous s’écrouler et cela se produira inévitablement. A partir de ces ruines, je rassemblerai dont j’ai besoin. »
Richard Wagner
 
« Nous sommes accoutumés à ce que les hommes déprécient ce qu’ils ne comprennent pas. »
Wolfgang Goethe
 
« Chaque chose était une serrure qu’il suffisait d’ouvrir. »     
Marcel Béalu
 
« Tout ici baignait dans une certaine éternité pour ainsi dire élémentaire. »
Louis Guilloux
 
« Qu’est ce qui assure que les pierres ne pensent pas, que la terre sous nos pieds n’est pas douée d’intelligence?  »    
Frank Belknap Long
 
« Jamais auparavant il n’avait éprouvé avec tant de relief la présence de la nature, cette conjonction de forces obscures formant un organisme vivant – et peut-être une sorte de pensée. »
Stephen King
 
« Aucune révélation particulière n’est possible si l’existence n’est pas elle-même toute en entière un instrument de révélation. »
William Temple
 
« Je me suis souvent demandé si la majorité du genre humain prend jamais le temps de réfléchir à la signification, formidable parfois, des rêves et du monde obscur auxquels ils appartiennent. »   
Howard Philips Lovecraft
 
« Un homme ne va jamais plus loin que lorsqu’il ignore où il va. »
Oliver Cromwell
   

 

 

Oeuvres en noir et blanc sur papier

Nom : La rumeur du froissé

Nom : Le villages des silures

Nom : Ossuaire

Nom : Planches vitriolées

Nom : La fenêtre du sorcier

Nom : Monopode

Nom : L'âme du bois

Nom : Stèle

Nom : Schwarzwälder

Le concept de la pictomancie

 

Le mot « pictomancie » est un néologisme que j’ai forgé et adopté pour caractériser ma  recherche esthétique. Il se compose du préfixe picto (latin pictus, peint) et du suffixe –mancie (grec manteia, désignant une technique divinatoire.
Toute mancie repose sur l’interrogation  du « hasard », de ce qui advient.

Une signification y est  cherchée et l’élucidation de celle-ci résulte d’un travail d’interprétation. La présente démarche opère une rupture radicale d’avec d’une part avec la tradition religieuse ou ésotérique et, d’autre part, avec les diverses méthodes de type psychanalytique. Elle trouve son point d’ancrage dans une certaine phénoménologie de fla perception initialisée  notamment par  Maurice Merleau-Ponty.

La relation du sujet à l’objet n’est pas à sens unique. Notre regard, en tant que pulsion intentionnelle, active en son objet une germination d’aspects qui, à son tour, agit sur l’intentionnalité du sujet et la déstabilise. L’interactivité ainsi déclenchée détermine une sorte de champ magnétique signifiant dont le foyer se déplace du domaine de l’intelligence rationnelle vers celui de l’expressivité. Dès lors, l’objet considéré exprime autre chose que sa fonction pratique.

Or, si le sens rationnel est prévisible et calculable, le sens expressif se manifeste de manière fortuite et inattendue. L’événement que ce dernier représente réclame donc une attitude d’attente. Il est cependant possible d’organiser une conjoncture favorable au surgissement de l’accident significatif. Les techniques  appliquées en vue de ce résultat impliquent en général que l’action picturale précède le sens de l’œuvre, excluant de facto toute idée de projet.
 

 

Le concept de la pictomancie

Nom : La fin du voyage

Nom : Le temple de la centralité

Nom : Une odeur de défendu

Nom : Une grotte en levitation

Nom : Reflets parasites dans une fenêtre

Nom : Dialogue muet

Nom : Le spectre de l'orchidée

Nom : Chrysalide

Nom : Cascade

Nom : Eruption volcanique

Nom : Implosion

Nom : Sein und Zeit

Nom : Explosion

Nom : Palissade

Nom : Esquisse pour un huître sauvage

 

Positionnement par rapport à la modernité artistique

 

Art figuratif… Art non-figuratif… Art abstrait…

 

Autant de formulations dont usent et abusent, de bonne foi, historiens et critiques. Ce discours prolixe et incontrôlable s’est révélé à la longue, fauteur de confusions.   
 
L’artiste soucieux de préciser son orientation esthétique –c-est- à- dire désireux d’être compris- se doit au préalable de remettre en cause ces concepts largement admis dont il est censé  faire usage.
 
La première source de malentendu est de toute évidence la notion d’abstraction appliquée à l’art. De façon générale, l’abstraction implique d’isoler en un symbole unique le dénominateur commun d’une catégorie de réalités. Ainsi, seules peuvent être considérées comme abstraites des figures telles que le cercle, la volute, la croix, la parabole, etc. Il est naturellement imaginable de composer une œuvre mettant en jeu une combinatoire de tels éléments. En ce cas et en ce cas seul nous serions habilités à parler d’art abstrait.
 
C’est pourquoi il n’est guère pertinent de parler d’abstrait froid, d’abstraction lyrique ou d’expressionisme abstrait.
 
Pour prendre le cas du lyrisme pictural,  il faut bien admettre que nous sommes dans un milieu créatif très éloigné du platonisme des essences. Là règne l’énergie vitale – à travers l’action-painting - et l’affect – à travers le caractère « habité » de l’image. Qu’il s’agisse d’un Jackson Pollock ou d’un Georges Mathieu, l’engagement existentiel dans le présent immédiat reste aux antipodes de l’intemporel.
 
Nous pourrons donc dire qu’il n’est pas question d’abstraction mais bien de non-figuration. Qu’entendrons-nous par là ? Simplement que l’image, dans son énonciation, n’a pas recours à la citation d’objets préexistants.
 
C’est une rupture fondamentale.
 
René Magritte fera appel à une somme de mémoires  et d’affects liés au trombone, à la chaise ou à la bougie.  Le discours est en quelque sorte indirecte, la présence ne s’activant que moyennant une configuration convenue de contours, proportions, matières et couleurs.
 
Chez Soulages, au contraire, les contours, proportions  et masses n’évoquent rien de préalablement connu.  Ils agissent directement sur la sensibilité du spectateur. La signification n’est plus anecdotiquement précisée et l’aspect narratif  disparaît.
 
Cette signification, elle réside désormais dans une Stimmung, une “situation de la sensibilité”. Cette situation est à proprement parler figurée, c’est-à-dire cristallisée dans une image. Autant dire, qu’il y a, à un degré quelconque, figuration.
 
Du coup, l’idée même d’une peinture non-figurative perd toute crédibilité.
 
Car enfin, il faut bien reconnaître que le lien entre visuel et psychique est tel que ce qui peut être regardé ne peut rester insignifiant. La moindre tache d’encre,  souillant accidentellement une feuille blanche, se pare en quelques secondes d’une allure, d’une physionomie. On note ses côtés agressifs, explosifs ou au contraire lourds, sereins, suaves…
 
Il en résulte q    ue la qualité expressive est en quelque sorte inévitable, inéluctable. Elle participe à la nature même du phénomène, en ce sens que nous nous trouvons confrontés au regard de ce qui est regardé –pour parler comme Maurice Merleau-Ponty dans sa “Phénoménologie de la perception”.
 
A vrai dire, la seule chose qui se soit éclipsée de la scène, c’est l’intentionnalité narrative, la représentation d’un fait avéré. Dans tous les cas, l’œuvre reste, selon l’expression célèbre d’André Breton, une fenêtre ouverte sur un ailleurs.
 
Si donc l’on ne peut que signifier quelque chose, il faut se demander quel ordre de significations est en jeu lorsqu’on ne “raconte” rien.
 
Il semblerait en fait que l’anecdote et l’abstraction proprement dite échappent à l’intention véritablement artistique. Celle-ci, par divers moyens, s’applique à visualiser une Stimmung, laquelle, de toute évidence, se développe en relation avec une expérience existentielle. Personne ne niera par exemple le pouvoir violemment traumatisant de certaines visions –ne serait-ce que celle du fameux “Alien”… Mais il s’agit là d’une force incontrôlée, à laquelle tout un chacun est exposé.
 
L’artiste constitue à cet égard un cas particulier. Sa qualification professionnelle même l’amène à un contrôle de ces puissances et à la recherche d’une efficacité opérative. Dans quel but ?
 
C’est à ce niveau qu’un nouveau malentendu intervient. D’aucuns se sont autorisés des pouvoirs de l’image pour les mobiliser à des fins de critique sociale et civilisationelle. Je ne doute pas un instant de leur bon vouloir, mais je pense qu’ils se sont trompés de métier. Ils  appartiennent en fait à un artisanat de l’imagerie de nature utilitaire, assimilable à la publicité.
 
Le domaine qui nous intéresse est celui de la métaphysique.
 
Encore faut-il s’entendre sur ce mot… Comme l’avait judicieusement souligné Martin Heidegger, il ne s’agit pas de ce qui est “au-delà du physique”, mais de ce qui transcende “les sciences particulières du physique et de l’humain”: biologie, sociologie, psychiatrie, logique, etc. Autrement dit tout ce qui dépasse nos savoirs particuliers pour poser l’interrogation de la relation problématique de l’être à l’existence.
 
Nous pourrions également parler d’une connaissance non-anecdotique, dont l’analogie avec un art  anecdotique s’impose d’elle-même.
 
Ce qui doit nous intéresser, en tant qu’artistes, c’est le rapport à l’être guetté à travers l’expérience de l’étant.
 
Ceci dit, nous perdrions notre temps nous consacrant aux existants déjà donnés, manifestes. Il est vain de décrire – quel que soit le style engagé - une guitare, une cruche ou un arbre. Ces choses sont déjà là : elles nous ont parlé, ont délivré leur message.
 
Posons-nous alors la bonne question : que nous reste-t-il comme objet spécifique de travail et de connaissance ?
 
Dans cette optique, imaginons la déconstruction de n’importe quel objet usuel en ses éléments visuels, brouillés comme le seraient les pièces d’un puzzle. Ces éléments séparés de leurs relations » familiales », orphelins en quelque sorte, ont oublié leurs rôles marqués par la dépendance. Ils  en acquièrent une singularité inattendue, une présence indue et troublante.
 
Errent-ils pour autant dans les ténèbres du non-être ?
 
Il est permis d’en douter.
 
Ces débris d’existant sans domicile fixe se trouvent libres de conclure de nouvelles alliances, hautement illicites.
 
Ainsi s’annonce la remise à l’honneur équation surréaliste de base : la rencontre de deux réalités distantes sur un plan non convenant.
 
Il convient  d’examiner chaque terme de cette proposition. La rencontre a pour effet
– comme toutes les rencontres - de susciter une réciprocité, une différence de potentiel, une tension… Une tension fertile naturellement, de nature à engendrer ce fameux troisième terme auquel ne croient ni les héritiers des Lumières ni les irréductibles du dogme théologique.
 
Pour ce qui est de la distance séparant les éléments intervenants, remarquons qu’elle représente la mesure même de l’intérêt de la rencontre.
 
Un intérêt mal vu, mal supporté par un public au prédigéré – autrement dit au spectaculaire…
 
Enfin, le plan non-convenant se réfère au site sur lequel a lieu la rencontre. Site naturel ou banlieue mal famée, il reste à l’abri de toute tentative de stabilisation. Encore faut-il tenir compte de l’insituable : le « salon au fond d’un lac » de Rimbaud a de beaux jours devant lui.
 
Très franchement, je ne sais pas où j’habite. Mon foyer, c’est le lieu incertain où je vois  ou je sens quelque-chose : l’» Angle mort » tiré de l’oubli par un grand luxembourgeois, Lambert Schlechter.
 
Toujours est-il que le donné immédiat est un langage brut de décoffrage, qu’il nous incombe d’apprendre à déchiffrer, si nous ne voulons pas mourir idiots. Rappelons que Novalis n’a rien eu d’autre à nous léguer…
 
La face cachée de l’étant fait surgir un arrière-monde que l’homme dit normal n’est pas prêt d’admettre. Pour celui qui « n’accepte pas », c’est un havre, un refuge, un bastion inexpugnable. Là se noyait « L’Etranger »  d’Albert Camus… Là revivent les irréductibles, ceux qui refusent toutes les personnalisations, ceux qui, par delà la Naturphilosophie allemande, rejoignent le Plotin de l’Anima Mundi.
 
Weltseele, unité dynamique du Tout vivant… Déjà Schelling écrivait : « Il faut que la Nature soit l’Esprit visible, l’Esprit la nature invisible ». A la nature en nous répond la nature hors de nous. L’en-soi et le pour-soi sont les vrais vases communicants que Breton en son temps n’a qu’à demi devinés.
 
Pour Schelling encore, créer la nature, la construire,  c’est la laisser se construire sous nos yeux. Max Ernst, Oscar Dominguez n’auraient pas dit mieux.
 
D’une manière ou d’une autre, c’est pratiquer la décalcomanie sans objet préconçu…
 

Pierre Kremer

 

Oeuvres sur toile

 

Oeuvres sur toile

Nom : A l'intérieur de l'épave

Nom : Aspect de cave 1

Nom : Ovni sur un volcan

Nom : Blason pour un port abandonné

Nom : Aspect de cave 2

Nom : En plein air

Nom : Avertissement de l'orage

Nom : Territoire de l'inquiétude

Nom : Aspect de cave 3

 

Expositions

 

Centre Culturel Régional 'Aalt Stadhaus', Differdange

Nom : Centre Culturel Régional 'Aalt Stadhaus', Differdange

Nom : Centre Culturel Régional 'Aalt Stadhaus', Differdange

Nom : Centre Culturel Régional 'Aalt Stadhaus', Differdange

Nom : Centre Culturel Régional 'Aalt Stadhaus', Differdange

Galerie du Lobby au Mondorf Parc Hôtel, Mondorf Domaine Thermal

Nom : Galerie du Lobby au Mondorf Parc Hôtel, Mondorf Domaine Thermal

Nom : Galerie du Lobby au Mondorf Parc Hôtel, Mondorf Domaine Thermal

Nom : Galerie du Lobby au Mondorf Parc Hôtel, Mondorf Domaine Thermal

Nom : Galerie du Lobby au Mondorf Parc Hôtel, Mondorf Domaine Thermal

Galerie du Théâtre Municipal, Esch/Alzette

Nom : Galerie du Théâtre Municipal, Esch/Alzette

Nom : Galerie du Théâtre Municipal, Esch/Alzette

Nom : Galerie du Théâtre Municipal, Esch/Alzette

Konschtfestival, Lellingen

Nom : Konschtfestival, Lellingen

Schëff'Art Schifflange

Nom : Schëff'Art Schifflange

Nom : Schëff'Art Schifflange

Présentation :

 

Pierre Kremer - Artiste Peintre

 

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Taille - matière - technique utilisée et prix

 

Coordonnées :

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Horaires :

  • Horaires : Tous les jours de
    11h45 à 14h30
    18h00 à 22h30

Activités :

  • Artiste Peintre

Plan :

Pierre Kremer : artiste peintre post-surréaliste expérimental

  • 61 - 63 rue Grande Duchesse Charlotte
  • L-3441 - DUDELANGE (Luxembourg)
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